Togo: Un citoyen adresse une lettre à Faure Gnassingbé
Ce Togolais s’offre le droit d’adresser une lettre au Chef de l’Etat Faure Gnassingbé dans laquelle il ose faire quelques rappels sur la constitution togolaise et invite le premier citoyen togolais à prendre des initiatives pour un Togo meilleur.La lettre a été déposée, suivant les règles du protocole d’État.

Lomé, le 31 Mars 2023
A
Son Excellence Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBEPrésident de la République du TogoLomé-Togo
Objet : SAISINE
Excellence Monsieur le Président de la République,
En 1992, le 27 septembre plus précisément, à l’issue d’un référendum populaire auquel avait souscrit toutes les forces politiques et sociales de ce pays, la Constitution en vigueur fut votée et adoptée par plus de 97% des Togolais, ce après plusieurs mois de dialogue et de concertations politiques. Les espoirs suscités et nourris étaient tellement énormes que l’on a cru que celle-ci, une fois promulguée, viendra mettre un terme aux problèmes politiques et sociales existants et baliser la voie à un Togo nouveau et meilleur où vivent et se côtoient sans heurts ni problèmes tous ceux qui peuplent cette riche et enviable terre.
Malheureusement, les dispositions de cette constitution, alors qu’elle ne demandait simplement qu’à recevoir saine application, furent éventrées pour faire le lit à des situations fâcheuses. Ce n’est qu’en 2019, que certaines des dispositions charcutées furent partiellement remises en place.
La Constitution Togolaise de 1992, étant l’acte fondateur par lequel notre société actuelle s’est constituée une identité et décidée de l’ordre sociétal voulu, en ce qu’elle consacre, notamment, les droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection, nous venons par la présente, et au nom de la jeunesse Togolaise toute entière, vous demander de mobiliser les énergies nécessaires et d’user des prérogatives qui sont constitutionnellement vôtres pour garantir et assurer le respect et la stricte et totale application de toutes les dispositions contenues dans notre Loi fondamentale et faire en sorte que les lois et institutions mises en place ces dernières années s’y conforment. Il en va également des traités et accords internationaux régulièrement ratifiés qui, aux termes de l’article 140 de notre Constitution, font corps et âme avec elle.
Aussi, est-il important d’organiser des Assises Nationales, lesquelles permettront à tous de discuter des sujets qui fâchent et de trouver ensemble des voies et moyens pour sortir du marasme politique, économique et social et remettre le pays sur les rails du développement durable et de la prospérité partagée.
Il est, dans le même ordre, nécessaire, au regard du contexte politique du pays et du désir d’apaisement qui doit animer les animateurs de la vie publique, de voter une Amnistie Générale qui permettra, d’une part, à tous ceux qui, depuis le début du processus démocratique sont en exil, de regagner sereinement leur terre natale pour y jouir de ses merveilles et, d’autre part, à tous les compatriotes arrêtées et emprisonnées, dans le cadre de l’exercice de leurs libertés publiques de recouvrir leur liberté. Une grâce présidentielle pourrait, certes, résorber la situation de ces compatriotes mais une grâce législative reste la meilleure option.
L’unité et la concorde nationale, la cohésion et l’entente entre les peuples étant l’un des plus importants piliers sur lequel repose l’avenir, l’indépendance, la souveraineté et le développement de tout pays, nous vous suggérons d’organiser, outre, les Assises Nationales, un dialogue inter-peuples, lequel permettra de dissiper et dissoudre les rancœurs, de rétablir la confiance et le dialogue entre les diverses composantes de notre nation, de jeter les bases d’un Togo apaisé et épanoui et d’éviter, par une sage et prudente anticipation, des situations similaires à ceux qu’ont connu sporadiquement notre pays et de manière plus grave d’autres pays. La victoire sur le terrorisme sanglant qui se dresse contre nous requiert, d’ailleurs, une union et une conjugaison de toutes les énergies.
En effet, le débat ethnique qu’on a cru dépassé, depuis des lustres, est toujours d’actualité. Cela n’est pas sans conséquence sur la marche du pays et la psychologie du peuple en ces temps délicats. Il est courant d’entendre les uns et les autres se plaindre de la captation des postes publiques par des membres d’une contrée ou jubiler de certaines situations ou se montrer indifférents face aux drames qui s’abattent sur les compatriotes qui habitent la région des savanes. La plupart de ces agissements et déclarations trouvent leur cause dans le débat ethnique non encore dissout. Il faut travailler à constituer un seul et unique peuple. Un peuple aux racines, certes, différentes mais orienté vers les mêmes désirs, les mêmes souhaits et le même rêve. Initier donc un tel dialogue permettra de combler bien de failles et de garantir le vivre-ensemble nécessaire à la survie de notre nation.
Nos propositions et suggestions pour un Togo meilleur dans lequel tous les fils et filles se retrouveront sont assez nombreuses. Ne pouvant donc tous les détailler dans cette missive, nous avons choisi de les énumérer succinctement, espérant pouvoir en discuter beaucoup plus amplement avec vous lorsque l’occasion se présentera et les conditions l’exigeront.
Nous vous demandons, notamment, de :
-Rendre gratuite et pour tous la délivrance de la Carte d’Identité Nationale et faciliter, par la même occasion, les conditions et la procédure d’établissement du passeport ;
-Œuvrer pour une réforme approfondie du système éducatif Togolais ;
-Prendre, conformément aux dispositions de la Constitution, une mesure qui permet une prise en charge des citoyens âgés de plus de 70 ans et des personnes à mobilité réduite ;
-Faire réintégrer et dédommager les enseignants exclus et radiés de la fonction publique dans le cadre de l’exercice de leurs libertés syndicales ;
-Œuvrer pour un strict respect des lois qui gouvernent les relations employeurs-employés ;
-Faire déclarer tous les travailleurs à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale ;
-Initier une mesure qui permet aux citoyens et aux organisations légalement constituées de saisir directement la Cour Constitutionnelle ;
-Organiser un Référendum pour trancher définitivement les questions relatives à la réintégration de la Mention « En Aucun Cas, nul ne peut faire plus de deux mandats » et au mode de désignation du Premier Ministre ;
-Prendre des mesures et dispositions pour mettre un terme aux fraudes électorales et, par conséquent, aux contestations post-électorales,Prendre des mesures qui protègent davantage les porteurs du virus du SIDA et réduit les discriminations dont ils sont victimes en société ;
-Initier des mesures ambitieuses pour garantir l’autosuffisance alimentaire ;Dédier, à l’instar du Bénin, deux jours de l’année aux cultes traditionnelles et endogènes ;
-Réadapter les lois à la Constitution et aux besoins actuels du peuple ;
-Ordonner un Audit général de toutes les institutions étatiques et des sociétés d’État ;
-Procéder à une relecture des contrats de cession des entreprises publiques ;
-Détribaliser les institutions de la République ;
-Créer des mécanismes innovants et plus attrayants d’incitation à l’agriculture ;
-Créer une banque agricole ; Prendre des mesures qui permettent aux agriculteurs de vivre conformément aux sacrifices fournies ;
La satisfaction de ces demandes permettra d’éliminer les causes de divers drames et tragédies et favoriser une marche sereine de notre très cher et adorable pays.
D’ores et déjà, je vous remercie pour votre recherche effrénée de la paix et votre haut attachement à l’idéal d’un Afrique uni, respecté et développé.
Nourrissant l’espoir que ces demandes trouveront un écho favorable, je vous prie, d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments distingués et de ma haute considération.
Le Président et porte-parole.
