Togo : Le MPDD relance le débat sur le budget 2027

Le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD) estime que le projet de budget 2027 n’apporte pas encore toutes les garanties souhaitables quant au réalisme de son financement, à la cohérence de ses priorités économiques et sociales et à la réalisation effective des résultats annoncés.
COMMUNIQUE DE PRESSE
Projet de budget 2027 : entre ambitions affichées et exigences de résultats.
Le projet de loi de finances pour l’exercice 2027, adopté en Conseil des ministres le 22 octobre 2026, intervient dans un contexte où les besoins économiques et sociaux des Togolais demeurent considérables. Les difficultés liées au pouvoir d’achat, à l’emploi, à l’accès aux services essentiels et aux disparités territoriales imposent à l’État des choix budgétaires à la hauteur des attentes de la population.
Son examen prend une importance particulière au regard du projet de loi de finances rectificative pour 2026, adopté le même jour. Les révisions qu’il comporte permettent de mieux apprécier la trajectoire des finances publiques et les conditions dans lesquelles s’inscrit la nouvelle programmation budgétaire.
Pour le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), le débat sur le budget 2027 doit porter sur la crédibilité des prévisions, la responsabilité financière de l’État, la justice économique et sociale et l’efficacité des politiques publiques. Cette approche s’inscrit dans la continuité des positions exprimées par notre parti depuis décembre 2024, notamment sur la gestion de l’endettement, l’évaluation des investissements publics et l’amélioration des
conditions de vie des citoyens.
C’est à l’aune de ces exigences que le MPDD apprécie les orientations et les choix retenus pour l’exercice 2027.
- Des prévisions budgétaires à l’épreuve des réalités de l’exécution
Le projet de loi de finances 2027 prévoit 1 675,2 milliards de francs CFA de recettes budgétaires et 1 915 milliards de dépenses, soit un déficit prévisionnel de 239,9 milliards. Les dépenses en capital atteindraient 644 milliards de francs CFA.
Alors que la loi de finances initiale 2026 prévoyait un déficit de 206,6 milliards de francs CFA, le projet rectificatif le porte à 247,6 milliards, soit une aggravation de près de 41 milliards. Le déficit annoncé pour 2027 ne serait ainsi inférieur que de 7,7 milliards à celui désormais prévu pour 2026.
Le gouvernement affiche un objectif de réduction du déficit de 3,3 % du PIB en 2026 à 3 % en 2027
- Sa réalisation dépendra toutefois de la solidité des prévisions de recettes et de la maîtrise
effective des dépenses.
L’évolution des financements extérieurs appelle également à la vigilance. Les dons-projets, initialement évalués à 166,9 milliards de francs CFA pour 2026, ont été ramenés à 127,8 milliards dans le projet rectificatif, soit une diminution de plus de 23 %. Le budget 2027 retient un montant voisin de 128 milliards.
Les résultats d’exécution des exercices précédents confirment l’importance de cette question.
En 2025, les recettes fiscales retracées dans le tableau des opérations financières de l’État ont atteint 915,5 milliards de francs CFA, contre 1 028,4 milliards attendus. Les projets
d’investissement public ont été exécutés à hauteur de 380,8 milliards, pour une programmation de 487,1 milliards, soit environ 78 %.
Le premier semestre 2026 fait néanmoins apparaître des progrès : les recettes fiscales ont augmenté de 14,3 % et les investissements financés sur ressources intérieures de 56,9 %, tandis que ceux financés sur ressources extérieures ont reculé de 16,5 %.
Le MPDD prend acte des mesures annoncées pour améliorer la mobilisation des ressources et l’exécution des investissements. Il estime cependant que leur efficacité devra être appréciée au regard des écarts constatés entre les prévisions et les réalisations.
La crédibilité d’un budget se mesure à la capacité de l’État à tenir ses engagements. Les
Togolais sont en droit d’attendre des prévisions réalistes et des réalisations conformes aux priorités annoncées.
- Une dette soutenable, mais dont le poids réduit les marges de manœuvre de
l’État
À fin juin 2026, l’encours de la dette de l’administration centrale atteignait environ 4 458 milliards de francs CFA, soit 60,2 % du PIB. Si ce ratio est en diminution par rapport à fin
2025, l’encours de la dette a néanmoins augmenté d’environ 145 milliards au premier semestre.
Dans leur analyse de viabilité publiée en 2026, le Fonds monétaire international et la Banque
mondiale considèrent la dette togolaise comme soutenable, avec un risque de surendettement modéré. Ils soulignent toutefois des vulnérabilités liées notamment aux besoins de refinancement.
Le projet de budget 2027 prévoit 201,5 milliards de francs CFA au titre des intérêts de la dette, contre 188,6 milliards dans le projet rectificatif 2026, soit près de 13 milliards de charges supplémentaires.
Pour le MPDD, l’endettement public demeure un instrument légitime du développement
lorsqu’il répond aux intérêts nationaux, finance des investissements utiles et productifs et préserve la capacité de l’État à en supporter durablement le coût.
La responsabilité financière de l’État exige une maîtrise rigoureuse de l’endettement et
une évaluation systématique des investissements financés par emprunt.
Le MPDD demande que la trajectoire de la dette publique fasse l’objet d’un examen
parlementaire approfondi, intégrant les besoins de refinancement, les risques financiers et la préservation des capacités d’action économique et sociale de l’État.
- Des arbitrages sociaux qui interrogent les priorités du gouvernement
Le budget national exprime les priorités de l’État. Les ressources consacrées à l’éducation, à la
santé, à l’agriculture, à l’eau et à la protection des populations vulnérables doivent donc être
appréciées au regard des besoins réels et des résultats attendus.
Entre le projet rectificatif 2026 et le budget 2027, les crédits du ministère chargé de la santé
demeurent pratiquement inchangés, autour de 116 milliards de francs CFA, tandis que ceux du
ministère chargé de l’eau passeraient de 27,7 à 22,3 milliards, soit une diminution d’environ
19,5 %. Les crédits de l’enseignement scolaire atteindraient 213,6 milliards et ceux de
l’enseignement supérieur 47,4 milliards.
L’exposé des motifs présente également plusieurs programmes transversaux, dont 81,2 milliards
de francs CFA pour les services et infrastructures essentiels dans les zones fragiles et mal
desservies, 41,3 milliards pour la protection sociale intégrée et 114,7 milliards pour la
transformation agricole et l’agro-industrialisation.
Ces programmes traduisent des ambitions importantes. Leur portée dépend toutefois des
financements effectivement mobilisés et des projets réalisés, leurs enveloppes ne pouvant être
assimilées à des dotations ministérielles supplémentaires.
Le MPDD considère que la cohérence entre les ambitions affichées, les moyens disponibles
et les résultats attendus doit être mieux établie, particulièrement dans les secteurs sociaux essentiels.
Les difficultés d’exécution antérieures renforcent cette exigence. Le rapport détaillé d’exécution budgétaire de 2024 fait apparaître, dans le périmètre des dépenses sociales qu’il retrace, des taux d’exécution de 90,1 % pour l’enseignement scolaire et de 84,6 % pour l’enseignement supérieur, mais seulement de 40,2 % pour la santé, de 35 % pour le développement à la base et de 26,1 % pour l’eau.
Ces écarts sont préoccupants. Ils rappellent que l’inscription de crédits au budget ne garantit ni leur utilisation effective ni la réalisation des objectifs poursuivis.
Les besoins restent pourtant considérables dans de nombreuses localités : infrastructures
scolaires et sanitaires insuffisantes, accès difficile à l’eau potable, équipements publics
défaillants, difficultés agricoles et disparités territoriales persistantes.
En matière d’éducation, l’État doit garantir un accès équitable à un enseignement de qualité, en assumant pleinement ses responsabilités et en tenant compte de la contribution des
établissements privés aux besoins de scolarisation.
Le MPDD demande que les investissements prioritaires soient davantage déterminés par les besoins des populations et accompagnés d’informations précises sur leur localisation, leur financement, leur calendrier et leurs résultats attendus.
La justice sociale doit se vérifier dans l’accès effectif aux services essentiels et dans la
réduction des inégalités. Elle doit guider les choix budgétaires et l’évaluation de leurs
résultats.
- L’effort fiscal doit s’accompagner d’une gestion publique plus transparente
et plus efficace.
Le projet de budget 2027 prévoit 1 425,6 milliards de francs CFA de recettes fiscales brutes, contre 1 338,9 milliards dans le projet rectificatif 2026.
La mobilisation des ressources intérieures est indispensable au financement du développement et à l’autonomie financière de l’État. Elle doit cependant reposer sur une répartition équitable de la charge fiscale, préserver la compétitivité des entreprises et tenir compte du pouvoir d’achat
des ménages.
Le MPDD prend acte des mesures annoncées en matière d’élargissement de l’assiette fiscale, de formalisation des activités économiques et de simplification des procédures. Leur mise en œuvre devra veiller à ne pas fragiliser les capacités productives ni aggraver les difficultés sociales.
Dans un contexte de cherté de la vie, les citoyens et les entreprises ne peuvent être appelés à contribuer davantage sans pouvoir apprécier clairement ce que l’État fait des ressources qu’il mobilise.
Le projet de budget prévoit notamment 88,5 milliards de francs CFA d’investissements
communs, dont la répartition et les réalisations correspondantes méritent une information précise.
Le MPDD relève également que les quinze programmes prioritaires présentés dans l’exposé des motifs représentent 855,2 milliards de francs CFA, dont 490 milliards à financer par le budge 2027.
Il importe de préciser les autres sources de financement, leur degré de sécurisation et les
échéances de réalisation des projets.
La même exigence de transparence doit s’appliquer aux dépenses fiscales, dont le coût et les effets économiques et sociaux doivent être régulièrement évalués.
L’efficacité de la dépense publique se mesure aux investissements réalisés, aux services rendus et aux améliorations constatées dans la vie des populations. Le MPDD réaffirme à cet égard son attachement à la production régulière des lois de règlement, au contrôle parlementaire et à l’évaluation des politiques publiques.
- Faire du budget 2027 un engagement de résultats envers les Togolais
Le MPDD reconnaît les efforts engagés pour renforcer la mobilisation des recettes publiques, maintenir les investissements et préserver les équilibres financiers. Les révisions importantes
du budget 2026, les écarts entre prévisions et réalisations et les difficultés d’exécution de certaines dépenses essentielles montrent néanmoins que les défis demeurent considérables.
Le MPDD estime que le projet de budget 2027 n’apporte pas encore toutes les garanties
souhaitables quant au réalisme de son financement, à la cohérence de ses priorités
économiques et sociales et à la réalisation effective des résultats annoncés.
Notre parti appelle le gouvernement à démontrer la solidité de sa programmation financière, à sécuriser les moyens nécessaires aux investissements prioritaires et à rendre compte régulièrement de leur exécution et de leurs résultats.
Il invite la représentation nationale à exercer pleinement ses responsabilités dans l’examen du projet de loi de finances 2027, afin que les choix budgétaires soient débattus avec rigueur et que les engagements du gouvernement fassent l’objet d’un contrôle effectif.
Le MPDD demeure attaché à un État financièrement responsable, économiquement efficace et
socialement engagé, capable de soutenir les initiatives productives, de garantir les services
essentiels et de réduire les inégalités. La discipline budgétaire doit servir cette ambition et préserver les capacités d’action de l’État.
Pour le MPDD, la véritable responsabilité budgétaire consiste à faire en sorte que chaque effort demandé aux Togolais contribue effectivement au développement du pays et à
l’amélioration de leurs conditions de vie.
Fait à Lomé, le 04 novembre 2026
Jonas Komlan
Akewobudo SILIADIN
SIGNE
Président national du MPDD
