Togo: Des OSC et partis politiques décrètent quatre journées de deuil national

Ces entités étaient face à la presse ce mercredi 9 juillet 2025. Le Togo en noir : deuil national pour les 07 victimes des 26, 27 et 28 juin, pour la sacralité de la vie et la justice pour toutes les victimes.
Pour ces OSC et partis politiques, la vie des Togolais est sacrée!
« C’est à partir de cette vérité fondamentale que nous interpellons solennellement les autorités togolaises, la hiérarchie des forces de défense et de sécurité, ainsi que ceux qui exécutent leurs ordres de répression sanglante, qui banalisent et désacralisent la vie humaine au Togo. Nous refusons de continuer à vivre dans un pays où la violence d’État est la seule réponse face aux revendications pacifiques d’un peuple en quête de justice, de dignité et de liberté », peut-on lire dans leur déclaration.
Ces OSC et partis politiques ont rappelé qu’il y a quelques jours encore, le Togo a vécu une répétition macabre de l’histoire. Ils pleurent donc sept nouveaux martyrs.
« Souvenons-nous !
Souvenons-nous de David Ahlonko Bruce, ancien chef de cabinet de feu Mgr Kpodzro, enlevé devant ses enfants le 6 septembre 1994, à proximité de l’Etat-major des forces armées togolaises (F.A.T.). Il n’a plus jamais été revu.
Souvenons-nous de Tavio Ayawo Amorin, Premier secrétaire du Parti Socialiste Panafricain, opposant affirmé au régime dictatorial RPT/UNIR, mort assassiné en juillet 1992.
Souvenons-nous de Toussaint Bitala Madjoulba, assassiné crapuleusement dans la nuit du 3 au 4 mai 2020.
Souvenons-nous de Anselme Sinandare, 12 ans, de Douti Sinalengue, 21 ans, tués en 2013 à Dapaong, souvenons-nous de Rachad Agrignan-Maman, 16 ans, de Abdoulaye Yacoubou, 09 ans, tués en 2017 à Bafilo et à Mango, souvenons-nous de Joseph Zoumekey, 13 ans, de Moufidou Idrissou, 12 ans et de Nawa Ino Tchakondo, tués en 2018 à Bè-Kpota et à Togblécopé. Tous des enfants, tous assassinés par la brutalité de la dictature togolaise !
La liste des martyrs est longue, sans compter les nombreux anonymes jonchant le long chemin du peuple togolais en quête de liberté », ont-elles rappelé.

Pour ces acteurs, ces jeunes Togolais sont morts pour avoir exprimé un désaccord, une espérance, une volonté de changement.
« Nous refusons qu’ils soient réduits à de simples statistiques. Ils avaient un nom, une famille, une vie, un avenir. Lors de la répression aveugle mise en œuvre les 26, 27 et 28 juin, des hommes en uniformes et des miliciens ont délibérément déversé leur bestialité sur de pauvres citoyens durant des journées d’exactions, de violence physique, de violations de domicile, d’arrestations arbitraires, de passage à tabac de passants, même de femmes. Des manifestants ou simples passants ont été pourchassés par des hommes en armes et contraints par coups de bâton ou coup de feu à se jeter à l’eau et à ne pas en sortir jusqu’à ce que mort s’en suive. Leurs cadavres ont été repêchés le lendemain.
Face à cette tragédie humaine, les autorités ont choisi le déni, le mensonge, la manipulation. Aucune compassion à l’égard des victimes ou des familles. Les autorités évoquent de prétendues noyades, parlent d’images générées par intelligence artificielle, se contredisent sur le nombre de morts, espérant réduire leur responsabilité à deux ou cinq décès officiellement reconnus. Pendant ce temps, les miliciens circulent librement, tandis que des manifestants pacifiques sont condamnés par une justice instrumentalisée et des citoyens innocents continuent de faire l’objet d’arrestations et de répression.
Ce cynisme est une insulte à notre mémoire nationale, à notre humanité collective, à la souffrance du peuple togolais.
Chers compatriotes, aujourd’hui, la société civile et ses partenaires, ainsi que le peuple togolais adressent toute leur compassion et leur solidarité indéfectible aux familles éplorées. Nous pleurons avec les familles. Les martyrs sont tombés pour que vive la liberté, pour que notre peuple se relève, et pour que plus jamais, la violence d’État ne soit tolérée sur la Terre de nos aïeux », ont-ils déclaré.

Membres de la société civile, citoyens engagés, membres de la diaspora et représentants de partis politiques, ces acteurs appellent à un sursaut national. Ils décrètent ainsi à partir du vendredi 11 juillet 2025, quatre journées de deuil national.
« Nous appelons tous les Togolais à porter le noir, symbole de deuil et de recueillement, et à se joindre à une grande marche silencieuse le lundi 14 juillet 2025 à 11h.
Le cortège partira de Bè-Kodjindji
Il s’achèvera à la lagune de Bè, lieu de mémoire et de douleur.
À midi, nous appelons à une minute d’arrêt national :
Nous demanderons aux églises de faire sonner les cloches
Les conducteurs feront tonner les klaxons
Les commerces suspendront temporairement leurs activités », ont-ils précisé.
En amont, le vendredi 11 juillet, les OSC et partis politiques demanderont des prières musulmanes dans les mosquées
Le dimanche 13 juillet : Prières chrétiennes dans les églises. Dimanche 13 juillet , souvenir du père de l’indépendance, père de la nation, Sylvanus Olympio. Une délégation sera à Agoué au Bénin, pour le 7e hommage de l’année à cet illustre fils de la nation.
À partir du 11 juillet, ces entités appellent la couleur noire à envahir la ville : sur les vêtements, dans les bureaux, dans les commerces, dans les rues.
« C’est notre acte de désobéissance, pacifique mais résolu, face à un régime qui a perdu sa légitimité », ont-ils conclu.
