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Processus de réparations au Togo: Depuis 10 ans, l’Etat apporte sa compassion aux orphelins et groupes sociaux particulièrement vulnérables

Maître Joseph Kokou Koffigoh, ancien Premier Ministre, porte un regard extrêmement positif sur le processus de réparation au Togo. Une réparation qui ne saurait être complète sans une prise en charge psycho-médicale. Plus de 30 mille victimes touchée par cette mesure.

Programme de Soutien aux orphelins des victimes des événements de 2005:

Il s’agit de l’accompagnement des enfants orphelines des victimes décédées en 2005, en application à la recommandation N°49 de la CVJR.
Le HCRRUN a renforcé en effet les mesures tendant à apporter la compassion de l’Etat à ces orphelins, groupes sociaux particulièrement vulnérables.

A Dapaong, WALDJA Gadjiman a bénéficié de ce programme. « Le HCCRUN m’a mis en apprentissage et soutenu pendant 3 ans. Après l’apprentissage, j’ai pu acheter ma machine et commencer par tisser depuis déjà un an. Je considère cette institution comme mon père et ma mère parce qu’elle a changé ma vie. Je vends aujourd’hui ce que je fais pour me prendre en charge. Je ne cesserai de lui dire merci et de prier pour les premiers responsables de cette institution », avoue-t-elle.

A Tsévié, LOGO Divine, âgée de 17 ans et élève en classe de Terminale A4 et sa sœur LOGO Prudence, âgée de 14 ans et élève en 3e, sont, elles aussi, portées par le HCCRUN.
« Ma sœur et moi sommes des orphelines. Nos parents sont décédés suite aux conflits sociopolitiques dans notre pays et aussi à quelques problèmes familiaux. Depuis 2022, le HCCRUN nous prend en charge. Depuis la classe de 3e, L’institution paie ma scolarité et nous envoie de l’argent chaque trois mois. Quant à ma sœur, elle est en classe de 3e cette année. L’argent que le HCCRUN nous envoie nous aide à nous mettre à l’abri du besoin. C’est ici de dire merci au HCCRUN pour cette attention et ce fort soutien », confie Divine.

La réparation ne saurait être complète sans la prise en charge psycho-médicale. Dans sa mission, le HCCRUN a pris l’habitude de faire un suivi des victimes vulnérables compte-tenu de leur état de santé des fois préoccupant qui impacte leur environnement et leurs proches. En effet, le suivi se révèle comme un mécanisme qui consiste, quelle que soit la distance, à se rendre dans la famille des victimes afin de se renseigner sur l’évolution de leur état de santé après leur prise en charge psycho-médicale et prendre des mesures additionnelles si nécessaires en vue de leur apaisement et guérison totale.
« Le suivi fait appel à plusieurs acteurs au rang desquels le HCCRUN. Ensuite viennent le médecin, les psychologues, le personnel traitant des différents centres de prise en charge et les proches des victimes. Le but de ce suivi étant de redonner espoir à ces victimes et de les aider à juguler leur état de vulnérabilité », précise PALAWIYA Essowèdéou, assistant du 1er Rapporteur et chargé d’études et de suivi des victimes au HCCRUN.

Pour réussir ce pari, le HCCRUN a su compter, pendant ces 10 ans, sur l’ONG Aimes Afrique, l’un de ses bras armés dans ce processus.

« L’un des points forts de la réparation est la prise en charge psycho-médicale qui consiste à écouter les victimes. C’est la motivation d’Aimes Afrique aux côtés du HCCRUN. Faudrait rappeler qu’à l’entame de ce processus, la prise en charge psycho-médicale n’était pas inscrite. La Présidente du HCCRUN a insisté pour qu’on l’introduise. Pour nous au niveau d’Aimes Afrique, cette volonté de la Présidente nous a marqué et motivé notre engagement parce qu’elle a vu juste. On ne peut pas donner de l’argent aux gens qui ont subi des traumatismes et les laisser partir sans les écouter, sans une prise en charge psychologique. Il fallait ce volet pour aboutir à cette répartition. Ces 10 années se sont bien passées avec un taux de satisfaction évalué à plus de 98%. Nous nous félicitons de ce travail effectué avec le HCRRUN », se félicite Dr Michel KODOM, Président d’Aimes Afrique.

Cette prise en charge psycho-médicale n’est pas sans difficulté, confie Dr KODOM : « La première difficulté dans la prise en charge psycho-médicale des victimes venues avec des blessures consommées était de les rassurer. Il fallait les amener à comprendre le processus, adhérer et guérir. La seconde contrainte est la volonté de certaines à se soumettre au suivi à long terme. Lorsqu’ils prennent le chèque, ils ne reviennent plus. C’est le moment de lancer un appel à ces victimes pour qu’elles comprennent qu’il est important qu’elles reviennent pour un suivi quand c’est inscrit dans la clause entre elles et le HCCRUN. L’autre difficulté se situe au niveau de la prise en charge médicale de certaines victimes sur le long terme. Cette obligation nous prend des fois des mois », se désole-t-il.

À ce jour, elles sont en tout 33 500 victimes à avoir bénéficié de la prise en charge psycho-médicale des médecins d‘Aimes-Afrique dans le cadre de ce processus de réparation.

Autre partenaire de poids aux côtés du HCCRUN pour un plein succès de sa mission, les huissiers de justice. Ceux-ci ont été d’une aide incontestable.

« Une fois qu’une programmation est établie pour l’indemnisation des victimes dans une localité, il y a toute une équipe qui se met en place. Le rôle de l’huissier est d’écouter et d’identifier les victimes. Un travail préalable se fait au niveau des personnes ressources qui accueillent ces victimes à leur arrivée. Au niveau de l’huissier, le rôle est de vérifier l’identité de la victime avec les pièces d’identité présentées, notamment la carte nationale d’identité, la carte d’électeur, le permis de conduire, le passeport togolais, les cartes professionnelles en conformité avec la fiche d’identification et les documents déjà imprimés de la base de données transmis par la CVJR. Il vérifie également si la victime est vulnérable ou pas. C’est à partir des questionnements que nous arrivons à situer si telle ou telle personne est victime ou pas », souligne Yawa Edjénawo Amédjro, huissier de justice à Lomé.


10 ans après sa mise en œuvre, la plupart des praticiens de la justice transitionnelle sont unanimes à reconnaître que la légitimité de ce processus de réparation au Togo se mesure à l’aune du soutien et de l’adhésion des populations auxquelles il s’adresse.

En vue d’une adhésion massive à sa mission, le HCRRUN a mis un accent particulier sur la mobilisation des populations et de plusieurs groupes-cibles tel que le prévoit l’Axe I de son Plan Stratégique adopté en décembre 2015. Au premier rang des groupes-cibles dont le rôle est déterminant dans la mobilisation des populations, figurent les hommes et femmes des médias.

Il convient aussi de souligner que la mission du HCCRUN, une décennie après, connaît un succès significatif grâce au leadership et à la capacité d’écoute des plus hautes autorités du pays, en particulier Faure Essozimna GNASSINGBE, Président du Conseil, depuis le démarrage de l’exécution du programme de réparations. Initiateur de ce processus, il a toujours rempli avec célérité son devoir régalien en donnant des directives et en veillant constamment afin que soient mis à la disposition du HCCRUN les moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission.
Des personnalités et pas des moindres ont également cru à cette vocation et se sont investies pour son plein succès. Me Joseph Kokou Koffigoh en est une illustration patente. Ce patriarche de l’histoire commune du Togo porte un regard positif sur la mission du HCCRUN.

« Effectivement, je porte un regard extrêmement positif sur le processus de réparation au Togo. Ce processus est l’une des thérapies pour notre pays. Je crois que c’est l’une des meilleures trouvailles ces dernières années. Je voudrais féliciter Mme Awa NANA-DABOYA pour l’énorme travail qu’elle abat depuis une dizaine d’années pour un plein succès de cette mission. Ce que je veux souligner est que dans notre vie togolaise, il y a ceux qui font l’effort de construire et ceux qui essaient toujours de nous ramener en arrière. Mais il ne faut pas se décourager. Ceux qui ont la conviction que ce sont la construction et la réparation entre les Togolais qui sont la panacée pour vivre ensemble ne doivent pas se laisser décourager. C’est mon conseil aux uns et aux autres », a-t-il confié.

Face à l’impact des actions du HCCRUN, des satisfécits ont été adressés aux dirigeants du pays lors du 6ème Forum sur l’état de la justice transitionnelle en Afrique, organisé par l’Union Africaine en collaboration avec le HCRRUN, en septembre 2022 à Lomé.

Au demeurant, l’œuvre d’apaisement et de réconciliation se poursuit au Togo et le HCCRUN continuera de retrousser ses manches pour sa pleine réussite.

La rédaction

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