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17ème Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région de l’APF au Togo: L’opposition interpelle l’OIF

L’Assemblée nationale togolaise se prépare pour accueillir la 17ème Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (AFP). Peut-elle en l’état être représentative du peuple dans une démocratie au XXIème siècle ? S’interroge une partie de l’opposition.
Elle était face à la presse ce mardi 7 avril 2026.

La Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK-original), la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), le mouvement Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le Front « Touche Pas A Ma Constitution », tous unis, étaient en conférence de presse mardi à Lomé.

Pour ces entités, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) doit faire sa mue et devenir la Francophonie des peuples, pour ne pas être perçue comme un instrument de l’ère de la françafrique qui soutient les dictateurs en Afrique.

Le Togo abrite la 17ème Conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Pour l’opposition, En confiant l’organisation de cette 17e conférence à l’Etat Togolais, la Francophonie fait honneur aux autorités togolaises et leur apporte son prestige. Cela signifie-t-il que la Francophonie considère que les autorités togolaises sont porteuses des valeurs de démocratie et d’État de droit, retenues comme thèmes de la conférence. Une question qu’elle se pose au regard de la pratique de la démocratie au Togo et du rôle de l’OIF dans le processus de la démocratie.

Lors d’une conférence de presse, la DMK-originale, la DMP, le LDP et le Front « Touche Pas à Ma Constitution », ont rappelé qu’ aucun député de l’opposition n’est retenu pour représenter le Togo dans les Assemblées des parlementaires à l’international, y compris l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).

« Le Togo a une Assemblée nationale monocolore issue d’une élection très contestée. Ce résultat calamiteux est aussi le travail des experts de l’OIF qui ont certifié le fichier électoral utilisé en 2024, en déclarant qu’il est ( suffisamment fiable ). Tout comme en 2015, les experts de l’OIF avaient déclaré que le fichier était ( non fiable, mais consensuel ). Et pourtant, lors de cette évaluation de 2015, les experts de l’OIF avaient fait des recommandations qui n’ont pas fait l’objet de suivi, notamment en soulignant que plus de 75% des électeurs sont inscrits sur témoignage.
A ce jour, 85% des Togolais n’ont pas de carte nationale d’identité. Dans ces conditions, aucun fichier ne peut être ( suffisamment fiable ) pour la sincérité d’un scrutin. Au Togo, les élections sont devenues un instrument de confiscation du pouvoir, au lieu de réguler la vie démocratique. Et l’OIF les a régulièrement acceptées, en félicitant l’Etat »,
lit-on dans leur déclaration.

Cette rencontre avec les professionnels des médias a été l’occasion pour ces politiques de dresser le tableau politique du Togo dirigé par le régime.

« Faure Gnassingbé dirige le Togo depuis 21 ans, en ayant succédé à son père, Gnassingbé Eyadéma, qui a été chef d’Etat pendant 38 ans. Actuellement, tout en président l’Exécutif, Faure Gnassingbé n’a plus aucun mandat électif. C’est la conséquence de l’adoption d’une nouvelle Constitution le 19 avril 2024, sans consultation du peuple, par des députés dont le terme législatif a échu plusieurs mois plus tôt. Le choix du président de la République au suffrage universel direct a été remplacé par un régime dit parlementaire, dont les caractéristiques ne respectent pas les normes internationales des régimes parlementaires. La nouvelle Constitution ouvre à Faure Gnassingbé une présidence sans limitation de temps et sans obligation d’être élu. Un cas aberrant et unique dans le monde sur lequel l’Organisation Internationale de la Francophonie ne s’est pas prononcée, ni sur la méthode ni sur le contenu. La jeunesse Togolaise qui a vigoureusement contesté ce remplacement de la Constitution a subi une violente répression durant le mois de juin 2025, causant 7 morts, de très nombreux blessés et de multiples arrestations. Les organisations de la société civile et les partis politiques ont organisé des conférences de presse et des rencontres de sensibilisation, pour protester contre la nouvelle Constitution. Ils ont parfois été dispersés à coups de gaz lacrymogène au siège des partis et même agressés physiquement par des nervis, notamment le 29 septembre 2024, en présence du parlementaire de la CEDEAO, le député sénégalais Guy Marius Sagna qui avait été blessé, comme la député togolaise Brigitte Adjamagbo Johnson, de nombreux journalistes et citoyens. Entre les menaces et intimidations des forces pro-démocratie, les interdictions formelles et déguisées de leurs activités, ainsi que les répressions systématiques, l’espace civique est réduit à sa plus simple expression. Une pratique contraire aux valeurs promues par l’OIF. Après la libération de 75 détenus politiques le 31 décembre 2025, suite à la grève de la faim de plusieurs d’entre eux, et les dénonciations des organisations de la société civile avec le concours des organisations internationales des droits de l’homme, on compte encore environ 70 personnes toujours détenues pour leurs opinions politiques. Certains sont détenus depuis 2018, sans procès. Suite à des traitements inhumains et dégradants, on a enregistré une dizaine de morts en détention ces dernières années. Et, de nombreux cas de tortures ont été reconnus par la Cour de justice de la CEDEAO qui a demandé les relaxes, en vain. Est-ce ce type de démocratie que célèbre à Lomé la 17e conférence des Présidents d’Assemblée et de Section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ? », se sont interrogés ces opposants.

L’opposition rappelle à l’OIF, ses exigences formulées aux autorités togolaises.

« La libération immédiate et sans condition de l’ensemble des détenus politiques, environ 70, ainsi que la reconnaissance officielle et la réparation des injustices et violations de droits dont ils ont été victimes; la garantie du retour libre, volontaire et sécurisé de l’ensemble des exilés politiques, afin de permettre à chaque citoyen togolais de participer pleinement et sans entrave à la vie publique et politique de son pays; l’ouverture d’un processus politique de transition démocratique, inclusif et transparent, visant à refonder les institutions de la République, à rétablir pleinement la souveraineté populaire et à permettre l’émergence d’un ordre politique véritablement représentatif de la volonté du peuple togolais », a-t-elle énuméré.

En clair, une partie de l’opposition au Togo appelle ainsi l’OIF à reconnaitre sa responsabilité dans le désordre institutionnel instauré au Togo, par sa validation des élections frauduleuses et son silence face aux violations des droits et des valeurs démocratiques ; à mettre en cohérence sa rhétorique sur les valeurs démocratiques, les libertés et les droits avec ce que vit concrètement la population; à mettre la jeunesse africaine au centre de ses missions et objectifs, particulièrement la jeunesse togolaise qui est traquée à l’intérieur et dans la diaspora, et qui souffre d’une privation de jouissance de ses libertés et d’une démocratie de façade;
à sortir de l’enferment des relations avec les Etats, afin de s’ouvrir aux peuples de l’espace francophone et à construire la Francophonie des peuples.

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