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Grand Lomé : Les femmes encore à la marge du pouvoir communal malgré des avancées juridiques et politiques, constate Dr Dounwourgue

Mardi 5 mai 2026, Dr Nagbandjoa DOUNWOURGUE a soutenu sa thèse de doctorat au CERViDA-DOUNEDON. Intitulée « Genre et gouvernance urbaine : la participation des femmes à la gestion des communes du Grand Lomé (Togo) », cette recherche analyse la place des femmes dans les institutions locales du Grand Lomé et met en évidence les obstacles qui freinent encore leur accès aux espaces de décision.

L’étude part d’un constat majeur : malgré les avancées juridiques et les discours favorables à l’égalité de genre, les femmes restent faiblement représentées dans la gouvernance locale au Togo. Pourtant, le pays dispose d’un cadre légal relativement favorable. La Constitution togolaise garantit l’égalité entre les citoyens, tandis que plusieurs conventions internationales sur les droits des femmes ont été ratifiées. Les politiques nationales et les réformes liées à la décentralisation ont également encouragé une gouvernance plus inclusive.

Cependant, les résultats de la recherche montrent que ces avancées restent encore peu visibles dans la pratique. Dans le District Autonome du Grand Lomé (DAGL), qui regroupe treize communes, une seule femme occupait le poste de maire entre 2019 et 2024. Depuis 2025, elles sont deux. Les femmes demeurent également minoritaires parmi les adjoints au maire et les conseillers municipaux, alors qu’elles représentent une part importante de la population urbaine et jouent un rôle essentiel dans la vie économique et communautaire.

Pour mener cette recherche, les données ont été collectées entre 2022 et 2023 auprès de 384 personnes, comprenant des élus locaux, des résidents, des organisations de la société civile et plusieurs personnes ressources. Les enquêtes révèlent un paradoxe important : environ 84 % des personnes interrogées se disent favorables à une plus grande participation des femmes à la gouvernance locale. Malgré ce soutien affiché, les femmes continuent de rencontrer de nombreux obstacles dans leur accès aux responsabilités politiques locales.

Selon l’étude, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les normes socioculturelles continuent d’associer le pouvoir politique à l’univers masculin. Dans les espaces décisionnels, les femmes sont souvent confrontées à des interruptions de parole, à une faible reconnaissance de leur autorité ou à une marginalisation dans les débats. La recherche souligne également une répartition genrée des responsabilités : les femmes sont davantage présentes dans les secteurs sociaux comme l’éducation, la santé ou l’action communautaire, tandis que les hommes dominent les domaines stratégiques liés aux finances, à l’urbanisme et à la planification territoriale.

Le niveau d’éducation apparaît aussi comme un facteur déterminant. L’étude établit une forte corrélation entre instruction, leadership et capacité d’influence politique. Plusieurs femmes interrogées disposent d’un niveau d’instruction relativement faible, ce qui limite parfois leur accès aux fonctions de décision et renforce les mécanismes d’auto-censure.

Malgré ces difficultés, la recherche montre que les femmes contribuent activement à la gouvernance locale. Elles jouent un rôle important dans la mobilisation communautaire, la médiation sociale, les actions de sensibilisation, le plaidoyer citoyen et les initiatives de développement local. Leur participation reste donc essentielle au fonctionnement des communes, même si elle demeure insuffisamment reconnue sur le plan institutionnel.

L’un des principaux enseignements de cette thèse est que le problème n’est plus essentiellement juridique, mais surtout opérationnel et socioculturel. Pour Dr DOUNWOURGUE Nagbandjoa, l’inclusion formelle des femmes dans les institutions ne garantit pas automatiquement un accès réel au pouvoir décisionnel. Les réformes institutionnelles seules ne suffisent pas si elles ne s’accompagnent pas d’une transformation des pratiques politiques et des perceptions sociales.

Face à ce constat, la recherche propose un projet innovant appelé Conseils des Femmes pour la Gouvernance Urbaine (CFGU). Cette initiative vise à créer des espaces permanents de concertation féminine dans les communes du Grand Lomé afin de renforcer durablement la participation des femmes aux décisions locales. Le projet prévoit notamment des formations en leadership, en gouvernance urbaine et en plaidoyer, ainsi qu’un accompagnement destiné à faciliter l’accès des femmes aux postes de responsabilité.

À travers cette thèse soutenue au CERViDA-DOUNEDON, Dr DOUNWOURGUE Nagbandjoa apporte une contribution importante aux réflexions sur le genre, la gouvernance locale et le développement urbain durable au Togo. La recherche montre que l’inclusion des femmes dans la gestion des villes ne constitue pas seulement une exigence d’égalité, mais aussi une condition essentielle pour construire des politiques urbaines plus efficaces, plus inclusives et plus durables.

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