Avec Kadodo, l’AFPM-Togo mise sur les podcasts pour rapprocher les jeunes et les femmes des médias

Au Togo, l’Association des Femmes Professionnelles des Médias du Togo (AFPM-Togo) veut investir davantage le format podcast pour toucher les jeunes, les femmes et diversifier les espaces d’expression.
A travers son projet « KADODO – connexions», financé par CFI Media, l’organisation prévoit la production de 24 épisodes en français et dans plusieurs langues nationales, tout en associant les jeunes, particulièrement les jeunes femmes, à la conception et à la production des contenus.
Le podcast s’installe progressivement dans les nouveaux usages médiatiques. Format souple, accessible sur différents supports et adapté aux conversations de fond, il offre aux médias une possibilité de toucher autrement les publics, notamment les jeunes. C’est sur ce terrain que l’Association des Femmes Professionnelles des Médias du Togo (AFPM-Togo) entend positionner son projet « KADODO ».
L’une des particularités de « KADODO » réside dans son choix linguistique.
Prévu sur douze mois, le projet ambitionne de produire 24 épisodes de podcast, en français, mais également en mina, éwé, kabyè et kotokoli. Une approche qui vise à rapprocher les contenus médiatiques des réalités linguistiques des populations et à créer des espaces où les jeunes peuvent non seulement écouter, mais aussi participer.
Ce choix vise à élargir l’accès aux contenus et à limiter les barrières liées à la langue. Dans un pays où le français demeure largement utilisé dans les communications institutionnelles et médiatiques, la production de contenus en langues nationales permet de rapprocher davantage les sujets abordés des réalités quotidiennes des auditeurs.

Des thématiques au cœur des premiers épisodes
Cette volonté de diversifier les espaces d’expression se traduit déjà dans les premiers épisodes produits dans le cadre du projet. Les thématiques abordées portent notamment sur la participation des jeunes aux débats publics, la prise de parole des femmes, la confiance en soi, ainsi que la sexualité et la responsabilité des jeunes.
Le premier épisode, en français, pose la question : « Les jeunes ont-ils une vraie place dans les débats publics ? ». Le deuxième, en éwé, s’intéresse aux défis liés à la prise de parole des femmes : « Prendre la parole en tant que femme, quels défis ? ».
En kotokoli, le troisième épisode aborde « La confiance en soi et la prise de parole en public des jeunes et des femmes ». Le quatrième, en français, traite de la « Sexualité des jeunes : entre curiosité, plaisir et responsabilité ».
Ces premiers contenus illustrent la volonté de l’AFPM-Togo de proposer des discussions proches des préoccupations des jeunes et des femmes, tout en faisant des langues nationales un véritable outil de proximité.
Les épisodes sont disponibles sur la chaîne YouTube de l’AFPM-Togo où le public peut retrouver les contenus déjà produits dans le cadre de « KADODO – Connexions ».

Le podcast comme espace de dialogue
Avec Kadodo, l’AFPM-Togo ne veut pas uniquement multiplier les contenus destinés à la jeunesse. L’ambition est de faire du podcast un véritable espace de dialogue, de transmission et de participation.
Les jeunes, et particulièrement les jeunes femmes, sont ainsi associés à différentes étapes du processus : identification des thématiques, préparation des contenus, témoignages et participation aux productions.
Cette démarche part d’un constat simple : parler de la jeunesse ne suffit pas nécessairement à la faire participer. Encore faut-il lui donner les moyens de prendre la parole et de contribuer à la production des contenus qui la concernent.
Le projet entend ainsi aborder des sujets liés notamment à l’éducation, à l’emploi, à la culture, à l’égalité, à la citoyenneté et aux enjeux qui touchent directement les communautés.
Pour l’AFPM-Togo, le podcast devient donc un outil permettant de rapprocher les médias de leurs publics, les jeunes des professionnelles des médias et les différentes générations entre elles.
Le projet entend ainsi faire dialoguer les médias traditionnels et les nouveaux formats numériques. Les contenus peuvent être pensés pour circuler sur plusieurs canaux et atteindre des publics aux usages différents.
Des jeunes femmes au cœur de la production
Au-delà des épisodes à produire, le projet comporte un important volet de renforcement de capacités.
Six sessions de formation et de mentorat sont prévues pour 150 bénéficiaires, dont au moins 70 % de jeunes femmes.
Trois catégories sont particulièrement ciblées : les jeunes femmes journalistes et étudiantes en journalisme ou en communication, les jeunes filles évoluant dans le secteur informel, ainsi que les étudiants et étudiantes des universités publiques et privées.
Ces rencontres portent notamment sur l’éducation aux médias, les techniques de prise de parole, la production de contenus et les échanges avec des professionnelles expérimentées.
L’objectif est de permettre aux bénéficiaires de mieux comprendre les mécanismes de production de l’information, mais aussi de développer les compétences nécessaires pour s’exprimer et produire leurs propres contenus.
Aussi, l’AFPM-Togo entend valoriser l’expertise des professionnelles déjà présentes dans le paysage médiatique et favoriser sa transmission à une nouvelle génération.
Pour Elisabeth Apampa, présidente de l’AFPM-Togo, le projet permet aux jeunes et aux femmes de trouver leur place dans les médias, au-delà du simple statut de public.
« Notre ambition est de créer de véritables connexions : entre les jeunes, les femmes et les médias, entre les générations, entre les femmes journalistes expérimentées et celles qui arrivent dans le métier, mais aussi entre les langues que les populations parlent au quotidien et les sujets qui concernent leur avenir. Les jeunes ne doivent pas uniquement consommer l’information. Nous voulons qu’ils puissent la comprendre, la questionner et aussi contribuer à la produire »
Cette philosophie place donc la participation au même niveau que la diffusion des contenus. Le podcast devient à la fois un produit médiatique et un espace d’apprentissage.
Pour la cheffe de projet Kadodo, Hélène Martelot, cette dimension intergénérationnelle constitue également un enjeu majeur de l’initiative.
« Nous voulons que ce projet crée des rencontres : entre jeunes et professionnelles des médias, entre expérience et nouvelles pratiques, entre médias traditionnels et outils numériques », a-t-elle indiqué.
Une nouvelle étape pour l’AFPM-Togo

« Connexions – Kadodo » s’inscrit dans la continuité des actions menées par l’AFPM-Togo depuis sa création en 2023 pour renforcer les compétences et la visibilité des femmes dans les médias.
L’association a notamment développé des initiatives autour du journalisme sensible au genre, de la transformation digitale, des violences basées sur le genre, de la désinformation et de l’éthique professionnelle.
En avril 2026, elle a réuni journalistes, étudiants, acteurs de la société civile et jeunes autour de la désinformation genrée. En mai, une session de renforcement de capacités consacrée à la désinformation sexiste et à la responsabilité médiatique a réuni 25 journalistes et responsables de médias.
Les échanges avaient notamment fait ressortir la nécessité de mieux prendre en compte les langues locales dans la lutte contre la désinformation et dans la production de contenus de sensibilisation.
Quelques mois plus tard, en août 2026, l’AFPM-Togo a organisé la première Nuit des Femmes des Médias du Togo, accompagnée d’un Village des Médias au Féminin.
Avec Kadodo, cette dynamique prend une nouvelle forme. L’enjeu n’est plus seulement de renforcer la présence des femmes dans les médias, mais également de créer de nouveaux espaces où les femmes, les jeunes et les communautés linguistiques peuvent participer à la production et à la circulation de l’information.
