CULTURE & TOURISME

Monsieur le Président, où se trouve Moussa Kaka ? L’appel pressant de JDHO au Général Tiani

Il est 19 heures le 31 août. Le journaliste Moussa Kaka quitte son bureau et disparaît dans la nuit de Niamey. Depuis, plus de 40 jours de silence, d’angoisse pour sa famille et de questions sans réponse.
Face à ce black-out, l’organisation Journalistes pour les Droits de l’Homme (JDHO) brise le silence et somme les autorités nigériennes de lever le voile sur le lieu de détention de l’un des journalistes les plus respectés du pays.

Monsieur le Président de la Transition, Général Abdourahamane Tiani,

Objet : LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA TRANSITION DU
NIGER, LE GÉNÉRAL ABDOURAHAMANE TIANI (Demande de clarification
sur la situation du journaliste Moussa Kaka, le respect de ses droits fondamentaux
et la garantie d’une procédure judiciaire régulière)

Monsieur le Président,
Il est des silences qui inquiètent, des absences qui bouleversent et des questions
auxquelles une famille, une profession et toute une société ne devraient pas avoir à
attendre indéfiniment des réponses.

Depuis le 31 août 2026, le journaliste Moussa Kaka, directeur de la Radiotélévision
Saraounia et figure connue du paysage médiatique nigérien, demeure introuvable pour ses proches et ses confrères. Après avoir quitté son bureau situé dans le quartier de Kalley Est, à Niamey, pour regagner son domicile à Lossogoungou, il n’est jamais arrivé à destination. Son véhicule personnel n’a pas non plus été retrouvé.

Cette disparition, survenue deux jours après une mutinerie signalée dans plusieurs
installations militaires de la capitale, suscite une vive inquiétude au sein de sa famille,
de la profession journalistique et des organisations de défense des droits humains.

L’inquiétude s’est accentuée après les déclarations du ministre de la Justice, Alio Daouda, qui aurait confirmé à Reporters sans frontières (RSF) que Moussa Kaka était détenu par les autorités. Pourtant, selon les informations disponibles, aucune communication officielle détaillée n’a permis d’établir avec précision le lieu de sa
détention, les motifs de cette mesure ou son fondement juridique.

Monsieur le Président, où se trouve Moussa Kaka ? Pour quels faits est-il détenu
? Et quelles garanties sont prises pour assurer le respect de ses droits ?

Ces interrogations ne constituent ni une accusation contre les autorités nigériennes ni une volonté de soustraire l’intéressé à la justice. Elles expriment une exigence légitime
de transparence, de protection de la dignité humaine et de respect des principes de l’État de droit.

Au nom de l’Association Journalistes pour les droits de l’homme (JDHO), nous vous
adressons cet appel afin que la situation de notre confrère soit officiellement clarifiée et que les mesures nécessaires soient prises pour garantir ses droits fondamentaux.

Moussa Kaka a consacré plusieurs décennies au métier de l’information, notamment
comme ancien correspondant de Radio France internationale (RFI). Cependant, au-delà
de son parcours professionnel, de sa notoriété et de ses responsabilités, il demeure avant tout un citoyen qui, comme toute personne, a droit à la sécurité, à la dignité, à la connaissance des motifs d’une éventuelle détention et à une procédure judiciaire
équitable.

Le contexte sécuritaire que traverse le Niger ne saurait dispenser les autorités du
respect des garanties prévues par la loi.

Si des faits précis sont reprochés à Moussa Kaka, ceux-ci doivent lui être notifiés dans les formes légales. Si une procédure judiciaire est engagée, son droit à l’assistance d’un
avocat, à la préparation de sa défense et à un examen de son affaire par une juridiction
compétente, indépendante et impartiale doit être garanti.

Nous demandons également que ses proches puissent obtenir des informations fiables
sur son sort, son état de santé, son lieu de détention éventuel et les conditions dans
lesquelles ses droits sont protégés.

Si sa détention est confirmée et qu’aucune base légale valable ne la justifie, les mesures
appropriées devront être prises conformément au droit. Si des poursuites sont engagées
sur des fondements légaux, elles devront se dérouler dans le respect de la présomption
d’innocence et des droits de la défense.

Notre démarche est donc sans ambiguïté : nous ne réclamons ni privilège ni impunité
pour Moussa Kaka, mais la vérité, le respect de la loi et une justice équitable.

En tant que président de la JDHO, nous estimons qu’il est de notre responsabilité
d’interpeller les autorités lorsqu’une situation soulève des questions aussi importantes
pour les droits humains et la liberté de la presse. Une communication officielle claire
permettrait de dissiper les incertitudes, de rassurer la famille et de préserver la
confiance entre les institutions, les médias et les citoyens.

À cet effet, nous vous demandons solennellement :

  • De faire la lumière sur les circonstances de la disparition de Moussa Kaka le 31
    août 2026 ;
  • De clarifier officiellement sa situation actuelle, notamment en confirmant ou en
    infirmant sa détention et, le cas échéant, en précisant le lieu où il est détenu ;
  • De communiquer les motifs et le fondement juridique de toute mesure de
    privation de liberté le concernant ;
  • De garantir son intégrité physique et morale, son accès à un avocat et le respect
    de l’ensemble de ses droits fondamentaux ;
  • De veiller au respect d’une procédure judiciaire régulière, conformément aux
    garanties d’un procès équitable, si des poursuites sont engagées ;
  • De permettre à sa famille et à ses proches d’obtenir des informations fiables sur son sort, dans le respect des règles applicables.

Monsieur le Président de la Transition,

Les périodes de crise sécuritaire mettent les institutions à l’épreuve. C’est précisément
dans ces circonstances que le respect des droits humains, la transparence des décisions
et l’application impartiale de la loi prennent toute leur importance. La justice ne perd pas son autorité lorsqu’elle respecte les droits d’une personne ; elle renforce au
contraire sa crédibilité et sa légitimité.

Au-delà du cas de Moussa Kaka, notre appel porte sur un principe fondamental : toute personne dont la détention est reconnue par les autorités doit bénéficier de garanties légales effectives, et ses proches doivent pouvoir obtenir des informations fiables sur sa situation.

Nous voulons croire qu’une réponse officielle et des mesures concrètes permettront de
lever les incertitudes qui entourent cette affaire et de répondre aux préoccupations
légitimes de sa famille, de ses confrères et des défenseurs des droits humains.
Monsieur le Président, nous vous demandons de faire toute la lumière sur le sort de Moussa Kaka, de garantir le respect de ses droits et de permettre à la justice
de suivre son cours dans la transparence et conformément à la loi.

Dans l’attente d’une clarification officielle et de mesures concrètes, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la Transition, Général Abdourahamane Tiani, l’expression de notre haute considération.
Richard AZIAGUE
Président de l’association Journalistes pour les droits de l’homme (JDHO)

Signé Richard AZIAGUE

Président de l’association Journalistes pour les droits de l’homme (JDHO)

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