Nutrition et aliments diététiques ou de régime (CCNFSDU):La position de l’OAC

L’Organisation Africaine des Consommateurs (OAC) adresse une lettre ouverte Points de contact nationaux du Codex et aux Comités nationaux du Codex Alimentarius des États africains.
LETTRE OUVERTE
aux Points de contact nationaux du Codex et aux Comités nationaux du Codex Alimentarius des États africains
Objet : Invitation à soutenir, lors de la 45ème session du Comité du Codex sur la nutrition et les aliments diététiques ou de régime (CCNFSDU), la position de l’OAC « zéro sucre ajouté dans les aliments destinés aux enfants de 6 à 36 mois »
Mesdames et Messieurs les Points de contact du Codex,
L’Organisation Africaine des Consommateurs (OAC), qui fédère cinquante (50) organisations nationales de consommateurs dans trente-neuf (39) pays africains, a l’honneur de solliciter votre haute attention sur un enjeu majeur de santé publique : la présence de sucres ajoutés dans les aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants commercialisés sur notre continent.
Une enquête de l’ONG Public Eye a révélé que les céréales infantiles Cerelac, produits les plus populaires sur le continent africain, contiennent près de six grammes de sucre ajouté par portion, alors que les produits commercialisés en Europe sont sans sucre ajouté. Le 25 juin 2026, l’OAC a demandé à la société Nestlé S.A. de retirer tout sucre ajouté de ses céréales infantiles vendues en Afrique. Dans sa réponse du 20 juillet 2026, l’entreprise, que nous remercions pour son ouverture au dialogue, indique que ses produits respectent les réglementations nationales et la Norme Codex CXS 74-1981, et qu’elle propose désormais des versions avec et sans sucres ajoutés.
Cette réponse met en évidence un point essentiel : tant que les normes du Codex et les réglementations nationales tolèrent l’ajout de sucres, les fabricants pourront s’en prévaloir, et la charge du choix continuera de reposer sur les parents. Or, la norme CXS 74-1981 relative aux céréales infantiles permet jusqu’à 20 % de sucre ajouté, soit l’équivalent d’environ dix grammes par portion, deux carrés et demi de sucre, dans des produits destinés à des bébés dès l’âge de six mois. C’est donc au niveau des normes elles-mêmes que la protection de nos enfants doit être garantie.
La situation est d’autant plus grave que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avertit depuis des décennies qu’une exposition précoce au goût sucré peut créer une préférence durable pour les aliments sucrés et constitue un facteur de risque majeur d’obésité. Or, l’obésité progresse à un rythme alarmant sur notre continent, entraînant une forte hausse du diabète, de l’hypertension et des maladies cardiovasculaires. Le nombre d’enfants africains de moins de cinq ans en surpoids a presque doublé depuis 1990, et la plupart de nos pays font désormais face à un « double fardeau » de la malnutrition, où retard de croissance, insuffisance pondérale et obésité coexistent. L’ajout de sucre n’apporte aucune réponse à la dénutrition : l’enrichissement en fer, en zinc et en vitamines n’en requiert aucun.
Un consensus international se dégage d’ailleurs en faveur du « zéro sucre ajouté » dans l’alimentation des jeunes enfants. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe recommande depuis 2022 d’exclure les sucres ajoutés et les édulcorants des aliments commerciaux destinés aux enfants de 6 à 36 mois, et les recommandations
nutritionnelles officielles des États-Unis, du Brésil et de l’Inde préconisent d’éviter les sucres ajoutés chez les tout-petits.
Surtout, le Codex Alimentarius lui-même a amorcé ce changement. La Norme pour les préparations de suite destinées aux nourrissons du deuxième âge et produit destiné aux enfants en bas âge (CXS 156-1987), révisée en 2023, dispose que le saccharose et le fructose ne doivent pas être ajoutés aux produits destinés aux enfants en bas âge (12 à 36 mois), et qu’aucun ingrédient ne peut y être ajouté dans le but de leur conférer ou d’en renforcer le goût sucré. Pour les préparations de suite destinées aux nourrissons du deuxième âge (6 à 12 mois), leur ajout n’est admis qu’à titre d’exception, lorsqu’ils sont nécessaires comme source de glucides et dans une limite de 20 % des glucides disponibles. Il serait incohérent que le même enfant, protégé du sucre ajouté dans sa boisson lactée, continue d’en consommer dans ses céréales et ses autres aliments de complément. Ce principe doit désormais être étendu à l’ensemble des aliments destinés aux enfants de 6 à 36 mois.
La 45ème session du CCNFSDU examine précisément des textes déterminants pour cette tranche d’âge, notamment les valeurs nutritionnelles de référence pour les enfants de 6 à 36 mois (CX/NFSDU 26/45/4) et le projet de norme sur les aliments destinés aux nourrissons du deuxième âge et aux enfants en bas âge (CX/NFSDU 26/45/5).
Cette session offre à chacun de vos pays, comme à l’ensemble du continent, une occasion unique de faire entendre la voix de l’Afrique.
Aussi l’OAC vous invite-t-elle respectueusement à :
1-intégrer la position de l’OAC de « zéro sucre ajouté dans les aliments destinés aux enfants de 6 à 36 mois » dans la position nationale de votre pays et la porter, par votre délégation, lors de la 45ème session du CCNFSDU, y compris par des observations écrites ;
2-soutenir l’inscription, dans le projet de norme, d’une disposition claire excluant les sucres ajoutés et tout ingrédient utilisé dans le but de sucrer le produit, à l’image de la norme CXS 156-1987 révisée, en les distinguant des sucres naturellement présents, et demander la révision de la norme CXS 74-1981 dans le même sens ;
3-contribuer à une position commune africaine, en concertation avec les autres Points de contact du continent, notamment au sein du Comité de coordination FAO/OMS pour l’Afrique (CCAFRICA) ;
4-recommander à vos autorités nationales de transposer sans délai dans la réglementation les dispositions de la norme CXS 156-1987 révisée, puis d’étendre cette exigence à l’ensemble des aliments destinés aux enfants de 6 à 36 mois, assortie d’un étiquetage obligatoire de la teneur en sucres ajoutés ;
5-associer les organisations de consommateurs de votre pays à la préparation de la position nationale pour le CCNFSDU.
L’OAC et ses organisations membres se tiennent à votre disposition pour toute contribution technique. Nos enfants méritent la même protection que ceux des autres continents. Comptant sur votre engagement, nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de notre haute considération.
Pour l’OAC, Le Président
DAOUDA Elhadj Adam
Ampliations :
Commission de l’Union africaine – OMS/AFRO – FAO – Secrétariat du Codex – CCAFRICA
Organisations membres de l’OAC
