Le HCRRUN en état de grâce assumé l Grand format sur 10 ans de sacerdoce à découvrir sur linterview.tg

2025 marque une décennie de marche du Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN), pour exorciser le passé traumatique du peuple togolais. 10 ans de grâces lorsqu’on se réfère aux progrès réalisés dans l’exécution de son cahier de charge.
Dans une série de publications, la Rédaction de linterview.tg se donne le devoir de mettre la lumière sur cette volonté visible de réconciliation et de consolidation de l’Etat de droit au Togo.
Les réparations Communautaires ouvrent le bal de ces publications.
Le HCCRUN ne fête. L’institution célèbre 10 ans de mission cette année 2025.
Pour faire l’état des lieux, elle s’est permise une tournée nationale, à la rencontre des victimes des violences indemnisées. Dix ans après, les indicateurs démontrent concrètement que la mission du HCCRUN n’a pas été de tout repos.
Le Togo, depuis l’indépendance, est confronté de manière récurrente à des violences avec des soubassements politiques, ethniques, tribaux et autres. Le summum, l’on se rappelle, est celles de 2005 suite au décès de feu Président Gnassingbé Eyadema et à l’élection présidentielle ayant suivi. Depuis, se pose la problématique de la meilleure recette pour guérir de ces blessures.
À l’issue du dialogue ayant abouti à l’Accord politique global (APG) du 20 août 2006, l’idée de la création d’une Commission Justice, Vérité et Réconciliation (CVJR) pour plancher sur les violences à caractère politique de 1958 à 2005 a germé. Mis en place, cet outil dirigé de mains de maître et saintement par Mgr Nicodème Anani Barrigah, de regrettée mémoire, a fait son travail et prescrit une ordonnance de 68 comprimés (sic) au Togo pour guérir des maux du passé.
Entre-temps, Faure Gnassingbé, alors Président de la République, crée la Commission Nationale Spéciale d’Enquête Indépendante (CNSEI) que certains appellent « Commission Koffigoh ». Celle-ci mène des investigations limitées aux troubles connus par le Togo en 2005. Le rapport a été joint à celui de la CVJR. Il fallait alors trouver le bon médecin pour administrer le remède. C’est là que le HCCRUN a été désigné pour prendre les clés du camion et accomplir ce devoir de soignant.
La mission du HCCRUN était au cœur de la dignité humaine. Toutes ses actions tournent autour des réparations individuelles, communautaires ou collectives, la prise en charge des orphelins victimes des évènements malheureux de 2005 pour un soutien financier en apprentissage ou la formation académique et les réparations mémorielles qui se réfèrent aux hommages à rendre aux grandes figures et personnalités ayant marqué l’histoire du Togo.
Réparations communautaires ou collectives
Le programme de réparation est constitué de plusieurs volets parmi lesquels figurent les réparations communautaires et collectives. Celles-ci ont été préconisées par la CVJR dans la recommandation N°54 en ces termes : « La CVJR recommande que des réparations communautaires et collectives soient privilégiées dans les cas de conflits intercommunautaires et de déplacement des populations ».
Ces réparations peuvent prendre la forme d’œuvres d’utilité publique ou de projets de développement. C’est le cas à Bodjé et Médjé où, lors de la première mission d’écoute du 19 au 21 septembre 2023 du HCRRUN dans la préfecture de Kpélé, les populations ont choisi la construction d’un cadre d’échanges et de rencontres culturelles dénommé « Centre de retrouvailles » et d’une infrastructure scolaire.
Au registre des réparations communautaires, à l’initiative du HCCRUN, des bâtisses sont sorties de terre dans ces localités avec la conviction que les enfants de ces villages recevront une éducation qui glorifie les vertus du pardon mutuel et d’acceptation des différences.
« La construction de cette école est un soulagement pour nous tous à Bodjé et Médjé. Hier les gens parcouraient plus de 10 kilomètres avant d’amener leurs enfants à l’école. Et pour avoir parcouru de longues distances, ces enfants n’arrivent pas à suivre les cours parce que fatigués. Aujourd’hui, les enfants de Médjé fréquentent sur place et arrivent à l’école en temps voulu. Le nombre d’élèves a également évolué. Du CP1 au CM2, nous avons 157 élèves dont 88 garçons et 77 filles repartis dans les 6 classes de l’établissement. Actuellement, je suis le seul enseignant ici titulaire envoyé en tant que Directeur. Nous sommes en manque d’effectif d’enseignants et nous avons besoin de documents. A part cela, tout va bien. Je voudrais remercier le HCCRUN pour avoir permis aux enfants de Médjé de fréquenter désormais sur place », se réjouit Kobiè AKLESSOR, Directeur de l’EPP Médjé.



Pourquoi donc les réparations collectives ? En effet, des événements graves se sont produits dans certaines localités du Togo. Et ces événements non seulement ont fait des victimes individuelles, mais aussi ont créé des traumatismes collectifs et une méfiance généralisée au sein des populations et des communautés qui, hier, vivaient en bonne entente. Le rôle du HCCRUN est de recourir à l’expertise de ces populations elles-mêmes pour apaiser les cœurs. Dans cette veine, il envoie souvent des missions au sein de ces communautés pour les sonder sur comment elles envisagent de retrouver le goût du vivre-ensemble. Bodjé et Médjé, deux villages en sont l’illustration palpable.
A Niki Niki, dans la préfecture de Blitta, par exemple, un centre médico-social a été proposé par les communautés. Le 08 août 2023, cette infrastructure sanitaire a été remise aux populations concernées en faveur des villages environnants, dans une atmosphère de joie et de dignité retrouvées.

« Grâce au HCCRUN, Niki Niki a désormais un CMS qui résout le problème de déplacement des populations jusqu’à Yaloumbè situé à 12 kilomètres d’ici. Avant d’atteindre ce village, il y a un pont à traverser. Généralement, les femmes accouchent avant le pont parce qu’elles n’arrivent pas à traverser lorsque l’eau déborde, surtout quand il pleut. La construction de ce centre vient résoudre ce problème. Les femmes accouchent désormais normalement. Nous faisons des prestations en consultation curative et aussi les accouchements, la planification et la vaccination. C’est le lieu de vivement remercier le HCCRUN pour ce CMS qui soulage beaucoup. Vous l’aurez constaté, nous sommes en pleine vaccination souvent programmée les jeudis et une fois dans le mois », confie Pozi meheza, accoucheuse auxiliaire
d’Etat.

Ces infrastructures, faut-il le souligner, permettent aux populations de se réunir, de réapprendre et cultiver le vivre-ensemble.
A Agbandi et Diguina, deux localités également élues au programme de réparations collectives, les populations ont plutôt opté pour une fontaine d’eau et un centre de retrouvailles. La fontaine d’eau construite, ce projet fédérateur demeure l’une des traces laissées par le HCCRUN en plein cœur du marché de Barkoissi dans la commune de l’OTI.

« Après le passage de l’équipe du HCRRUN ici à Barkoissi pour tempérer les ardeurs, une fontaine a été réalisée grâce à l’institution au cœur du marché de Barkoissi avec plusieurs forages qui ont servi aux populations. Cette démarche du HCCRUN a permis de rapprocher ces populations et d’échanger le plus souvent. Il faut dire que depuis 1990, date du conflit entre les résidents, il y a eu des méfiances entre certaines ethnies. Ces réalisations du HCCRUN ont contribué à un grand changement faisant place au vivre-ensemble et à la cohésion sociale. Cette fontaine a réduit beaucoup de difficultés au niveau des familles et des élèves », se félicite LANDANI Yentroulengue, Maire de l’Oti.

A Sotouboua, le ressenti est le même. PALI TCHABI Passabi, Préfet de Sotouboua, salue la capacité d’écoute du HCCRUN dans sa préfecture. La construction de l’EPP Pouwèdeou est un grand soulagement pour les populations, à l’en croire.
« Ce sont de grandes actions qui ont commencé par apaiser les cœurs meurtris des victimes des troubles socio-politiques ou des victimes générées par des conflits au sein de notre préfecture. Ces victimes aujourd’hui ont le cœur apaisé grâce aux actions du HCCRUN, comme l’école de Pouwèdeou qui apporte un soulagement aux parents et aux élèves. Dans le temps, ces enfants devraient traverser une rivière avant d’aller au cours. Imaginez la saison de pluie, c’est très dangereux. Depuis que cette école est construite, les élèves arrivent à étudier en toute quiétude. Il y a également un projet de construction de pont pour désenclaver le village. Si ce projet venait à voir le jour, ça serait un soulagement total pour la localité. Nous avons aussi un pont à l’entrée nord de la ville de Sotouboua. Grâce au HCCRUN, le pont a été construit et une piste est ouverte pour désenclaver le quartier, ce qui s’ajoute à la longue liste des actions menées par le HCCRUN ici », rappelle l’autorité centrale.

Autre fait marquant, la restitution de la maison appartenant à Feu Colonel TEPE Koffi Afényo, tenant compte de la définition du cadre général de mise en œuvre de la restitution dans la recommandation N°34 de la CVJR. Vu les obligations de l’Etat représenté par le HCRRUN et les conditions de mise en œuvre de la restitution telles que formulées dans le volume I du Rapport de la CVJR, page 233, le HCRRUN a procédé à la remise des clés de ladite maison sise à Lomé, quartier Tokoin SOTED, aux ayants-droits, symbole de leur bien retrouvé.
Cette remise des clés doit contribuer à dissiper leurs craintes et leurs angoisses et à donner une plus grande dimension à la dynamique de réconciliation dans laquelle ces ayants-droits sont engagés et renforcer leur adhésion au processus de réconciliation et de construction de l’unité nationale au Togo.
Cette lumière sur les grandes actions du HCCRUN se poursuit sur votre site linterview.tg. Nous y reviendrons.
